Dark city. 1998. Le film d’Alex Proyas est d’inspiration Gilliamesque notamment dans les plans tout d’abord. Ils sont resserrés avec une fausse profondeur de champ. Le spectateur est confronté à un dédale de rues où il ne sait pas vraiment dans quel univers le réalisateur Proyas le parachute, une impression de ne pas pouvoir se mouvoir comme le sujet principal dans sa quête de la vérité. Il est question de L’iris, le regard prend une place omniprésente que ce soit dans les objets ou la nature, un jeu s’opère entre poursuivant et poursuivit tout comme dans Brazil entre Jill et Sam.
L’univers labyrinthique de Schreber, le docteur, possède son mini dédale, l’infiniment petit face au monde plus grand se côtoie. Le couple, Murdoch et la jeune femme qu’il désire, est mis en parallèle spatialement avec un rat male noire et à supposer une femelle blanche. Nous avons une lutte du bien et du mal avec le dernier combat Murdoch et le chef des étrangers. L’instrument de torture circulaire où John Murdoch, le personnage principal est attaché fait penser à l’image du christ en quelque sorte sur sa croix.
Le spectateur découvre une société qui est manipulée, carcérale, où rien n’existe au-delà du mur. La fin modifie ce paramètre et ressemble au court métrage L’Assurance Permanence Crimson lorsque le bateau pirate anglais bascule hors du monde. Toute une manière de repenser le monde nous est encore proposé tout comme le film Matrix des frères Washowski développe la même idée. Le film pose des questions sur les rêves, sur ce qui se passe lorsque nous dormons, si ils changent ou influencent notre vécu, si on peut m’enlever ou manipuler mes rêves ? Il aborde également la peur de l’étranger, la peur extraterrestre, d’être la proie d’une autre forme de vie. La façon de bouger des « étrangers », ceux qui agissent dans l’ombre et veulent conquérir le monde pour évincer l’élu renvoie à l’uniformisation. Ils agissent dans un même ensemble chorégraphié, les hommes deviennent des machines. Leur manteau me fait penser à la gestapo. L’enfance est quasi inexistante, celui que l’on voit est cruel, sans âme et très envié par ce groupe de terroristes spirituels qui n’est pas sans rappeler ceux qui sévissent au nom de l’état et de la loi dans le roman de Orwell. Alex Proyas aborde la manipulation scientifique, la robotisation et s’oppose à une évolution qui écrase les individus plutôt que de les propulser.
La religion est sous jacente mais le chef de l’armée des ombres, des étrangers qui veut conquérir le monde et le mettre sous son joug peut être assimilé à un gourou qui embrigade les âmes. L’élément liquide est prit comme un retour à la vie ou un baptême : une renaissance. Le personnage principal remet un poisson rouge dans l’eau de sa baignoire, situation qui rappelle la scène de fin avec la jeune femme de dos sur le ponton « du bout du monde » habillée de son manteau rouge face à l’océan. Murdoch représente l’ange gardien, ses mains protectrices enveloppent le poisson rouge comme Anna la jeune femme brune qu’il va suivre à la fin à Shell Beach, la terre promise.
Il y a un phare qui laisse supposer que d’autres individus existent soit cet infiniment grand inconnu. Il y a un peut être le symbole de la réunion du couple. Le phare à un symbole sexuel par sa forme de phallus.
Le passé lumineux de Murdoch s’apparente à Norman Rockwell et le présent dans le style de Hopper qui est un peu obscur, sombre. L’habillement du personnage de l'inspecteur Bumstead et de Anna la brune énigmatique renvoie à l’accoutrement de Sam dans Brazil.
Le distributeur mural de la cafétéria montre de drôles de plats, difficiles à reconnaître, ils rappellent les boules vertes et oranges qui sont servit à Sam et sa mère au restaurant. Alex Proyas mélange lui aussi le moderne et l’ancien.